Dragons & féminin divin - partie 1
- Laurence Maâtchantkâ

- 17 juil.
- 3 min de lecture

Créature de légende, monstre à vaincre, gardien de trésor:
Peu de figures mythologiques traversent autant les cultures et les époques.
Pourtant, au-delà des légendes, le Dragon fascine autant qu'il impressionne.
Notre vision occidentale du Dragon est souvent réduite à une image, relativement récente, héritée du christianisme : celle d'un être maléfique qu'un héros doit combattre et vaincre.
Mais le Dragon est bien plus ancien que cette représentation.
Avant d'être associé au mal dans certains récits européens et chrétiens, il est une figure fondamentale des mythologies humaines, présente en de multiples lieux et sous des formes variées depuis des millénaires.
Je vous invite à découvrir ce merveilleux podcast pour en savoir plus sur les origines du Dragon.
Ce qui m'intéresse particulièrement est son lien avec la Nature comme force spirituelle primordiale.
Pour comprendre le Dragon, il faut revenir à ses racines : le serpent primordial, les forces de la Terre, les mystères de la création et cette relation profonde que l'être humain entretient depuis toujours avec les puissances invisibles.
Car le Dragon est l'un des plus anciens récits de l'humanité.
Les mythologies ne sont pas seulement des histoires anciennes.
Elles sont des langages symboliques qui racontent pourquoi le monde est tel qu'il est. Leur évolution nous révèle également les choix de l'humanité, sa relation aux forces qui l'entourent et la manière dont elle envisage sa place dans l'univers.
Drákôn : celui qui fixe
Le mot Dragon vient du grec ancien drákôn (δράκων).
Il est relié au verbe derkomai, qui signifie « regarder fixement », « fixer du regard », « regarder sans ciller ».
Cette origine est pour moi essentielle.
Avant d'être une créature ailée crachant du feu, le Dragon est d'abord celui qui voit.
Celui dont le regard traverse les apparences. Celui qui garde le seuil.
Cette racine nous ramène immédiatement à son ancêtre symbolique : le serpent.
Le serpent est une figure universelle présente dans presque toutes les grandes traditions mythologiques. Il rampe sur la Terre, mue et se transforme.
Il disparaît sous terre puis réapparaît ; il porte en lui les mystères de la mort et de la renaissance.
Silencieux, mystérieux, le serpent est aussi l'un des symboles majeurs des Déesses primordiales.
Tiamat, la déesse mésopotamienne des eaux primordiales, prend la forme d'un immense serpent.
Dans le mythe Pélasges de la création, Eurynomé enfante le monde avec le serpent Ophion.
Mais hybride, le Dragon appartient à la Terre par son corps serpentin, tout autant qu'au Ciel par ses ailes: il s'élève de la terre, il nous raconte comment le lourd et épais peut devenir subtil et léger. Une créature alchimiste, qui n'est pas sans rappeler le caducée d'Hermés Trismegiste, où deux serpents ailés s'enroulent autour d'une baguette.
Il relie l'en-dessous et l'au-dessus, la matière et le divin, les forces élémentaires et les puissances célestes.
Les Dragons sont ainsi reliés depuis toujours aux grands mystères que l'humain rencontre depuis son apparition : la naissance, la mort, la transformation, les cycles de la nature, les forces qui nous dépassent.
Ce lien avec les puissances de la Nature n'est pas anodin.
Pendant une grande partie de l'histoire humaine, les forces qui gouvernent la vie, la fertilité, les saisons, la naissance, la mort ou encore la régénération furent largement représentées sous des visages féminins ou masculins sauvages.
Les Déesses notamment incarnaient cette Nature vivante, à la fois nourricière, créatrice autant que destructrice. Elles n'étaient pas séparées du monde : elles en étaient l'expression.
Dans de nombreuses traditions, ces forces étaient représentées aussi bien par des Déesses que par des animaux sacrés ou des êtres hybrides.
Le Dragon appartient à ce même univers symbolique.
Comme les anciens Dieux et Déesses, il est lié aux sources, aux montagnes, aux grottes, aux arbres sacrés, aux profondeurs de la Terre comme aux forces du Ciel.
Tous deux sont les gardiens d'une puissance qui ne se laisse ni posséder ni dominer, mais avec laquelle l'être humain est invité à entrer en relation.
Cependant si la plupart des Dieux ont gardés leur puissance à travers l'évolution des récits antiques, les déesses ont pour beaucoup perdu leur souveraineté et leur férocité, à l'instar des dragons-serpents qui ont été pourfendus ou terrassés.
C'est pourquoi, lorsque l'on suit l'histoire du Dragon à travers les mythes, on découvre peu à peu qu'elle rejoint celle du féminin sauvage et sacré et de la manière dont notre civilisation s'est progressivement éloignée de cette relation vivante avec la Nature.
Laurence
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