Qu'est-ce que le chamanisme ? Traditions, voyage chamanique et pratique aujourd'hui
- Laurence Maâtchantkâ

- il y a 1 jour
- 4 min de lecture
Le mot « chamanisme » vient du terme « chamane » (ou saman), d'origine evenk/toungouse (Sibérie). Il désigne les guérisseurs et guérisseuses des sociétés traditionnelles. Selon les cultures, on retrouve d'autres appellations : femmes ou hommes-médecine, curanderos, machi, etc.
Nos sorcières et sorciers d'autrefois partageaient probablement de nombreux points communs avec ces figures.
Dans les sociétés traditionnelles, les chamanes sont les gardiens de l'équilibre spirituel, environnemental et social de leur communauté. Ils sont reconnus par celle-ci : on ne se proclame pas chamane. Cette fonction est généralement le fruit d'un long parcours d'initiations, d'enseignements et d'années de pratique.
L'anthropologue Michael Harner, qui a étudié pendant plusieurs décennies de nombreuses traditions chamaniques à travers le monde, a identifié plusieurs caractéristiques communes aux chamanes, malgré la diversité des cultures :
ils entretiennent une relation consciente avec des esprits alliés (animaux, ancêtres, esprits de la nature...) ;
ils maîtrisent les états modifiés de conscience, notamment la transe ;
ils pratiquent le voyage chamanique ;
ils restent profondément ancrés dans la vie quotidienne et ne recherchent pas un état d'illumination permanent ;
ils mènent souvent une vie ordinaire au sein de leur communauté (famille, travail, chasse, pêche, artisanat, etc.).
Le chamanisme aujourd'hui
Au XXᵉ siècle, face à la disparition progressive de nombreuses traditions autochtones, Michael Harner a cherché à préserver les pratiques fondamentales communes à différentes cultures chamaniques. Il a fondé la Foundation for Shamanic Studies (FSS) et présenté ces pratiques dans son ouvrage La Voie du chaman, que je recommande.
Comme l'écrit Laurent Huguelit :
« Toutes les sociétés humaines ont été, à un moment ou à un autre de leur histoire, des sociétés chamaniques (...). Avant l'apparition de l'écriture, des religions monothéistes et de la science moderne, les chamanes étaient les gardiens du savoir et du sacré. (...) Le retour actuel du chamanisme en Occident constitue une réappropriation d'une partie de notre patrimoine culturel. »
Le voyage chamanique : une pratique ancestrale
Le cœur de la pratique chamanique est le voyage chamanique : un voyage de la conscience dans une réalité non ordinaire, parfois appelée monde des esprits ou monde invisible.
Au cours de ce voyage, le praticien entre en relation avec des alliés spirituels — souvent perçus sous la forme d'animaux, d'ancêtres ou d'autres présences — afin de recevoir guidance, connaissance, force ou guérison.
Certains anthropologues considèrent le chamanisme comme l'un des plus anciens ensembles de pratiques spirituelles de l'humanité.
Il est cependant important de distinguer la pratique du voyage chamanique de la fonction de chamane.
Pratiquer le voyage chamanique ne fait pas de quelqu'un un chamane. Dans les traditions, le chamane est appelé par les esprits, formé au sein d'une culture précise et reconnu par sa communauté après un long chemin initiatique.
Chamanisme traditionnel et néo-chamanisme
Le chamanisme traditionnel est profondément enraciné dans une culture, un peuple et un territoire.
Le néo-chamanisme — terme souvent employé de façon péjorative — propose aux Occidentaux un accès à certaines pratiques universelles du chamanisme sans appartenir à une tradition particulière.
Si une tradition spécifique nous appelle, il est naturel de la suivre. En revanche, reproduire des rituels issus de cultures qui ne sont pas les nôtres sans véritable résonance intérieure a peu de sens.
Le néo-chamanisme, ou chamanisme transculturel s'appuie sur ce qui est commun à de nombreuses traditions — le cercle, le voyage chamanique, les différents mondes, la relation aux esprits alliés — tout en laissant chacun renouer avec ses propres racines, ses mythes, ses légendes et son héritage spirituel.
Les recherches récentes sur le rythme et le tambour montrent qu'en Europe également — notamment en Italie et en Grèce — des femmes guérisseuses ou investies de fonctions sacrées utilisaient des tambours et tambourins à cadre lors de rituels collectifs de guérison. Certaines de ces traditions perdurent encore aujourd'hui, comme la voie de la tarentelle dans le sud de l'Italie.
Nos sorcières d'autrefois n'utilisaient-elles pas, elles aussi, la transe, le chant, la danse et le rythme pour entrer en relation avec l'invisible ?
C'est pourquoi je crois qu'en tant qu'Occidentaux, pratiquer la transe au son du tambour, sans recours aux plantes, peut être une manière de renouer avec une part de notre propre héritage spirituel. Il ne s'agit pas d'imiter d'autres cultures, mais d'explorer, par expérience directe, une dimension présente dans de nombreuses traditions humaines.
La plupart des personnes peuvent apprendre à rencontrer leurs ancêtres ou leurs esprits alliés — ou, si l'on préfère, leurs ressources spirituelles intérieures — afin de recevoir guidance, enseignements ou soutien. Cette pratique ne fait pas d'elles des chamanes, mais elle favorise l'autonomie et une relation personnelle avec le monde spirituel.
Avec l'expérience, certains praticiens développent de véritables compétences d'accompagnement ou de guérison (messages, extraction, recouvrement d'âme, réalignement, etc.). La différence essentielle avec les chamanes traditionnels réside dans le fait qu'ils n'exercent pas au sein d'une communauté qui reconnaît et encadre leur fonction.
Pour avoir également côtoyé des traditions chamaniques, je crois qu'il est important de garder un regard lucide : qu'il soit chamane traditionnel ou praticien contemporain, un homme ou une femme médecine reste avant tout un être humain. Il est donc essentiel de ne pas idéaliser ces figures ni de remettre son pouvoir entre les mains d'un autre.
Aujourd'hui, je pense que de nombreuses personnes peuvent emprunter une voie chamanique avec sincérité, humilité et discernement. Dans un monde confronté à des crises écologiques, sociales et humaines profondes, retrouver un lien vivant avec la nature, honorer la Terre et participer, chacun à sa mesure, à la guérison du vivant me semble plus nécessaire que jamais.
Laurence
Vous pouvez partagez ce texte ou un extrait en en mentionnant la source



Commentaires